Jin Hui est un célèbre artiste laqueur chinois, reconnu pour ses recherches singulières mêlant la création de peintures à la laque, l’étude de l’artisanat traditionnel et la culture matérielle, ainsi que les échanges culturels entre l’Orient et l’Occident.
© Jin Hui Un parcours académique et réflexif
Lors de sa licence en arts décoratifs, Jin Hui s’est d’abord concentré sur les matériaux de peinture et l’art traditionnel. En 2001, il intègre l’Académie d’art et de design de l’Université Tsinghua pour son master, où il commence à réexaminer l’art de la laque sous l’angle de « l’artisanat à l’ère post-artistique ». Ses recherches doctorales ont ensuite approfondi le développement et la diffusion de la laque à travers le prisme de la culture matérielle et de la mondialisation.
© Jin Hui Entre héritage millénaire et innovation
Bien que la Chine utilise la laque naturelle depuis des millénaires, cette matière était autrefois confinée au domaine des arts appliqués pour la décoration d’objets. Jin Hui explore la force d’expression artistique créative de la laque, tout en menant une réflexion philosophique sur l’innovation et la préservation de cette culture dans un contexte mondialisé.
Sa série d’œuvres intitulée « Réparer le Ciel » (butian) constitue une véritable reconstruction des trois systèmes fondamentaux de la peinture à la laque :
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Le langage ontologique.
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Le langage formel.
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Le langage des matériaux.
Vidéo de présentation de l’artiste (en chinois).
Une brève histoire de la laque chinoise
L’histoire de cet art est riche et ancienne, débutant dès le Néolithique avec l’apparition des premiers bols en bois laqué rouge issus de la culture de Hemudu. Elle connaît ensuite son âge d’or durant les périodes des Royaumes Combattants, des Qin et des Han, époque où son développement technique finit par supplanter celui du bronze. La dynastie Tang marque une période de splendeur avec l’apogée des incrustations d’or et d’argent, le jinyin pingtuo, ainsi que de la nacre, le luodian. Sous la dynastie Song, l’influence du néoconfucianisme impose une esthétique plus sobre et introvertie privilégiant la laque monochrome, avant que les dynasties Ming et Qing ne réalisent une synthèse des époques précédentes, caractérisée par une profusion décorative décrite comme « mille motifs et dix mille éclats ».
© Jin Hui
© Jin Hui L’esthétique Song : La quête de la perfection
Jin Hui exprime une admiration particulière pour l’art de la laque de la dynastie Song. Cette période a instauré un système esthétique unique, porteur d’une nouvelle conscience idéale.
La préférence de l’époque pour la laque monochrome (suxiu), souvent noire ou vert profond, exige une maîtrise technique absolue. La moindre imperfection est immédiatement visible. Le processus — application, ponçage, polissage, lustrage — requiert une rigueur extrême et une grande sérénité intérieure.
La philosophie de la « soustraction »
Le ponçage est l’étape cruciale où réside le charme unique de la laque. Contrairement à d’autres formes de peinture qui procèdent par « addition » de couches de pigments, la peinture à la laque utilise une méthode de « soustraction ». En superposant plusieurs couches de laque colorée puis en les ponçant progressivement, on révèle des textures naturelles évoquant une érosion organique. Ce procédé est à la fois la source de l’effet visuel et une posture philosophique de création.
L’art face à l’intelligence artificielle
Fidèle à l’esprit confucéen de la « voie du milieu » (zhongyong), Jin Hui porte un regard nuancé sur l’IA. Il souligne que chaque domaine doit suivre sa propre voie de développement. Pour illustrer son propos, il cite l’exemple du jardin botanique de l’Université de Cambridge, qui préserve les gènes de variétés de blé ancestrales :
« L’évolution génétique est un processus continu. La préservation des gènes anciens est cruciale ; si le génome du blé contemporain subit une défaillance, seuls ces gènes ancestraux permettront de le réparer ou de le restructurer. »
Pour l’artiste, il en va de même pour l’art : se focaliser uniquement sur l’IA au détriment des techniques traditionnelles ne serait pas un progrès, mais risquerait de produire un art « génétiquement modifié ».
© Jin Hui