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Jin Hui : l’art(isan) de la laque

FMJ
14 avril 2026
3 Mins
Jin Hui, pinceau à la main

Jin Hui est un célèbre artiste laqueur chi­nois, recon­nu pour ses recherches sin­gu­lières mêlant la créa­tion de pein­tures à la laque, l’é­tude de l’ar­ti­sa­nat tra­di­tion­nel et la culture maté­rielle, ain­si que les échanges cultu­rels entre l’O­rient et l’Oc­ci­dent.

Portrait de Jin Hui© Jin Hui
Por­trait de Jin Hui

Un parcours académique et réflexif

Lors de sa licence en arts déco­ra­tifs, Jin Hui s’est d’a­bord concen­tré sur les maté­riaux de pein­ture et l’art tra­di­tion­nel. En 2001, il intègre l’A­ca­dé­mie d’art et de desi­gn de l’Uni­ver­si­té Tsing­hua pour son mas­ter, où il com­mence à réexa­mi­ner l’art de la laque sous l’angle de « l’artisanat à l’ère post-artis­tique ». Ses recherches doc­to­rales ont ensuite appro­fon­di le déve­lop­pe­ment et la dif­fu­sion de la laque à tra­vers le prisme de la culture maté­rielle et de la mon­dia­li­sa­tion.

Œuvre entre laque et matière© Jin Hui
Œuvre entre laque et matière

Entre héritage millénaire et innovation

Bien que la Chine uti­lise la laque natu­relle depuis des mil­lé­naires, cette matière était autre­fois confi­née au domaine des arts appli­qués pour la déco­ra­tion d’ob­jets. Jin Hui explore la force d’ex­pres­sion artis­tique créa­tive de la laque, tout en menant une réflexion phi­lo­so­phique sur l’in­no­va­tion et la pré­ser­va­tion de cette culture dans un contexte mon­dia­li­sé.

Sa série d’œuvres inti­tu­lée « Répa­rer le Ciel » (butian) consti­tue une véri­table recons­truc­tion des trois sys­tèmes fon­da­men­taux de la pein­ture à la laque :

  • Le lan­gage onto­lo­gique.

  • Le lan­gage for­mel.

  • Le lan­gage des maté­riaux.

Vidéo de pré­sen­ta­tion de l’ar­tiste (en chi­nois).

Une brève histoire de la laque chinoise

L’his­toire de cet art est riche et ancienne, débu­tant dès le Néo­li­thique avec l’ap­pa­ri­tion des pre­miers bols en bois laqué rouge issus de la culture de Hemu­du. Elle connaît ensuite son âge d’or durant les périodes des Royaumes Com­bat­tants, des Qin et des Han, époque où son déve­lop­pe­ment tech­nique finit par sup­plan­ter celui du bronze. La dynas­tie Tang marque une période de splen­deur avec l’a­po­gée des incrus­ta­tions d’or et d’argent, le jinyin ping­tuo, ain­si que de la nacre, le luo­dian. Sous la dynas­tie Song, l’in­fluence du néo­con­fu­cia­nisme impose une esthé­tique plus sobre et intro­ver­tie pri­vi­lé­giant la laque mono­chrome, avant que les dynas­ties Ming et Qing ne réa­lisent une syn­thèse des époques pré­cé­dentes, carac­té­ri­sée par une pro­fu­sion déco­ra­tive décrite comme « mille motifs et dix mille éclats ».

Œuvre de la série "Guoyu • Fangfeng"© Jin Hui
Œuvre de la série « Guoyu • Fang­feng »
Œuvre de la série "Guoyu • Fangfeng"© Jin Hui
Œuvre de la série « Guoyu • Fang­feng »

L’esthétique Song : La quête de la perfection

Jin Hui exprime une admi­ra­tion par­ti­cu­lière pour l’art de la laque de la dynas­tie Song. Cette période a ins­tau­ré un sys­tème esthé­tique unique, por­teur d’une nou­velle conscience idéale.
La pré­fé­rence de l’é­poque pour la laque mono­chrome (suxiu), sou­vent noire ou vert pro­fond, exige une maî­trise tech­nique abso­lue. La moindre imper­fec­tion est immé­dia­te­ment visible. Le pro­ces­sus — appli­ca­tion, pon­çage, polis­sage, lus­trage — requiert une rigueur extrême et une grande séré­ni­té inté­rieure.

La philosophie de la « soustraction »

Le pon­çage est l’é­tape cru­ciale où réside le charme unique de la laque. Contrai­re­ment à d’autres formes de pein­ture qui pro­cèdent par « addi­tion » de couches de pig­ments, la pein­ture à la laque uti­lise une méthode de « sous­trac­tion ». En super­po­sant plu­sieurs couches de laque colo­rée puis en les pon­çant pro­gres­si­ve­ment, on révèle des tex­tures natu­relles évo­quant une éro­sion orga­nique. Ce pro­cé­dé est à la fois la source de l’ef­fet visuel et une pos­ture phi­lo­so­phique de créa­tion.

L’art face à l’intelligence artificielle


Fidèle à l’es­prit confu­céen de la « voie du milieu » (zhon­gyong), Jin Hui porte un regard nuan­cé sur l’IA. Il sou­ligne que chaque domaine doit suivre sa propre voie de déve­lop­pe­ment. Pour illus­trer son pro­pos, il cite l’exemple du jar­din bota­nique de l’U­ni­ver­si­té de Cam­bridge, qui pré­serve les gènes de varié­tés de blé ances­trales : 
« L’é­vo­lu­tion géné­tique est un pro­ces­sus conti­nu. La pré­ser­va­tion des gènes anciens est cru­ciale ; si le génome du blé contem­po­rain subit une défaillance, seuls ces gènes ances­traux per­met­tront de le répa­rer ou de le restruc­tu­rer. »

Pour l’ar­tiste, il en va de même pour l’art : se foca­li­ser uni­que­ment sur l’IA au détri­ment des tech­niques tra­di­tion­nelles ne serait pas un pro­grès, mais ris­que­rait de pro­duire un art « géné­ti­que­ment modi­fié ».

"Butian" - Réparer le Ciel© Jin Hui
« Butian » — Répa­rer le Ciel : Les 4 direc­tions